Je me souviens, le monde était grand. Bercée par cette illusion, je l'ai contemplée s'embrumer sans rien faire. Mes doigts ont vaguement amorcé un mouvement inutile. Rien de plus. Et puis, absorbée par de nouveaux horizons moins grands, je me suis laissée glisser dans cette obscurité réductive. Et si ce n'était pas une vie ? Si je n'en avais pas envie ? Mais le monde vaste où est-il passé ? Dans ce petit bout de papier en papier de bible ? Oui, il m'a ouvert les yeux, déchiré le brouillard et montrer le chemin vers la grande route. J'ai eu la vive envie de retrouver ce désire, et il m'attendait là, sous l'oreiller. La tête posée dessus mes rêves me sont revenus, avec leur musique mystérieuse et leur pays merveilleux où les hommes parlent aux animaux, où un rire redonne vie et où il suffit de mettre ses chaussures pour aller vers là où le vent sème les graines du bonheur. Et lorsque les dernières bribes de sommeil quittaient mon corps et mon âme rassasiés, mes yeux serins se sont posés sur l'horizon nouveau baigné d'une belle couleur d'aurore. Il m'appelait, doucement, d'une voix de miel, il me murmurait "tu es de retour, je t'attendais, je serais toujours là, même quand tu n'y croiras plus". Oui, toujours, comme une certitude, une promesse murmurer au creux du cou, d'éternité, de liberté, d'immensité inviolable.
Ce soir, en sentant sous mes doigts agités se refermer la valise, j'accepte, pendant un temps, de me mettre en parenthèse, en suspend entre deux réalité, deux aspirations non contraires, mais complémentaires. L'une d'abord, pour mieux atteindre l'autre et vivre en harmonie avec moi-même. Je sais que le sommeil bientôt chassera toute empreinte de magie, le temps dans les bras chaud sera tellement précieux qu'il ne servira qu'à revigorer pour quelques heures volées mon corps disloquent. Plus le temps pour le rêve, pour la délibération de l'esprit, la divagation de l'imagination. Ils m'attendent ici, sous l'oreiller, prêt à m'accueillir de nouveau sur leur herbe tendre et duveteuse, les harpes jouent déjà, et l'horizon m'attend dans son halo de rosée. Ce n'est que pour un an, deux maximum. Après, la liberté, le souffle d'air nouveau, l'aventure à porter de cheveux, et d'orteils. La route est là, je suis sur la bas-côté, le nez dans les graviers et attendant que le train soit définitivement parti.
Je vous aime, plus que tout, plus que moi car sans vous je ne saurais être moi.